Œuvres d’art / Art works

La grâce de l’arc en ciel (2021)

La grâce de l’arc-en-ciel, fresque murale 2 m x 7m, Silo des Alpilles, Saint-Étienne du Grès (2021)

La grâce de l’arc-en-ciel, c’est qu’il n’existe pas. Nul corps céleste n’atteste ce météore éphémère. Aucune constellation ne signale son sillage de satin. Le reflet bigarré de sa courbure n’est l’orbite d’aucune comète. Combien de couleurs  déploie-t-il ? Trois, prétendit Aristote ; quatre, affirma Plutarque ; six, déclara Descartes ; sept, inventa Newton en y incrustant l’indigo ; cent cinquante, assène la dioptrique moderne qui pulvérise toute poésie à grands coups de calculs. Trêve de sinus ! fi des cosinus ! les nuances de cette hyperbole de vapeur sont si délicatement hallucinatoires qu’on en méconnaîtra toujours le nombre exact. Inutile d’espérer approcher l’arc-en-ciel au moyen d’une lunette, de jumelles, d’un télescope : aucune machination n’en arrime le mirage. L’évanescence de l’arc déjoue les cogitations incolores des savants et des philosophes. Découragé d’en percer le prodige, Spinoza jeta son Traité de l’arc-en-ciel dans les flammes. « Qui, dans l’arc-en-ciel », écrit Herman Melville, « peut marquer l’endroit où finit le violet et où commence l’orange. Nous voyons distinctement la différence des couleurs, mais où exactement l’une commence-t-elle à se mêler à l’autre ? Ainsi de la raison et de la folie. » L’arc-en-ciel n’est pas seulement admirable, il émerveille le questionnement. L’insaisissable essence de son liseré bariolé parle à la pensée. « Pareille à l’arc-en-ciel immatériel », écrit Hugo von Hofmannsthal, « notre âme est tendue par-dessus l’irrépressible éboulement de l’existence. » La diaphane polychromie de l’arc paraphe un pacte paradoxal entre le Soleil et la Pluie. Qui entend l’étudier commence par tourner son dos au souverain de tout flamboiement. Il lui faut ensuite scruter sans contracture le pâle souvenir des gouttelettes prismatiques d’une imperceptible pluie qui n’est déjà plus – Bossuet, Jacques-Bénigne de son prénom, qualifiait cette brume merveilleuse de « bénigne rosée ». Alors naissent mille méditations sur cette majestueuse parabole qui diffracte avec douceur l’intarissable incandescence du roi des luminaires. L’homme peut bien envahir la Lune et coloniser Mars, jamais il ne brevètera l’arc-en-ciel. Nulle nation n’en gère le monopole, aucune horloge n’en prédit le moment opportun. La gloire de l’arc, c’est sa gratuité. L’arc-en-ciel n’apparaît que pour toi, ici, maintenant, en cet interstice de l’Espace et du Temps où, par hasard, tu te tiens. Dans votre fugace face-à-face, ce n’est pas toi qui dévisages l’arc-en-ciel ; c’est lui qui te désigne comme l’unique au monde et te lance son défi de le déchiffrer. Les Grecs y virent un pont tracé par les pieds d’Iris, messagère des dieux, entre l’Olympe et les mortels. Les Dogons la trace du Bélier céleste après qu’il a ensemencé le soleil et  uriné la pluie. Au Japon c’est un serpent que personne n’oserait montrer du doigt de crainte d’en être mordu. Pour les pygmées Mbuti, l’arc est composé de deux serpents que tient en main Khonvoum, le dieu de la chasse. Au large de Sumatra « les indigènes de Nias », rapporte James Frazer, « tremblent à la vue d’un arc-en-ciel ; ils croient que c’est un filet tendu par un puissant esprit pour attraper leur ombre. » Selon les Inuits, l’arc est l’ourlet radieux de l’anorak des dieux. L’arc-en-ciel est une créature herméneutique, un phénomène d’interprétation. C’est une convocation multicolore destinée à tout-un-chacun, sans exception, à l’œil nu comme aux jours de la Création. Dans la Genèse, l’arc-en-ciel succède au Déluge pour signaler l’alliance entre Dieu, Noé, et l’humanité que le capitaine de l’arche animalière a pour destin d’enfanter. Par l’arc, promesse divine est faite à toute la terre, aux hommes comme aux animaux, de ne plus songer à les exterminer. Rien de plus universel que l’arc-en-ciel, et rien de plus singulier non plus. Symbole transitoire d’une pure Présence, sa splendeur sans apprêt te lance un chant discret depuis « le calme pays de la beauté » qu’évoque Hölderlin. Ainsi rien ne semble mieux définir l’arc-en-ciel que cette notion de la beauté d’Elias Canetti : « Il y a dans la beauté quelque chose de très intime mais reculé très au loin, comme si jamais il n’y avait pu avoir d’intimité… Le beau a toujours quelque chose de fuyant, quelque chose qui se dérobe. Il se trouvait là un moment, et puis  longuement il est tout au loin ; on n’ose alors plus espérer le voir à nouveau et ce n’est qu’à l’improviste qu’on le retrouve. »
Stéphane Zagdanski

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